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FEEBAT et Maîtrise d’œuvre
Patrick COLOMBIER / Paris le 11 Juin 2011
Les organisations représentatives des métiers de la maîtrise d’œuvre étaient conviées le 10 Juin à une réunion à la Mission Plan Bâtiment du Grenelle de l’Environnement pour que leur soit présentée l’hypothèse d’une ouverture du dispositif FeeBat à la maîtrise d’œuvre.
UNTEC pour les économistes du bâtiment, SYNTEC et CICF pour les ingénieurs, Synaamob pour les maîtres d’œuvre en bâtiment, Syndicat de l’Architecture et UNSFA pour les architectes ainsi que le CNOA étaient présents.
Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, les fournisseurs d’énergie aux secteurs résidentiel et tertiaire se sont vus « obligés » d’atteindre certains niveaux d’économies sous peine de pénalités. Mais pour un coût deux fois moindre, ils pouvaient acheter de CEE (Certificats d’Economies d’Energie) en finançant des formations pour des professionnels du bâtiment. Ainsi EDF a-t-elle contribué à mettre en place ce fameux FeeBat (Formation aux Economies d’Energie des Entreprises et Artisans du Bâtiment)
On peut estimer que les sommes allouées par EDF approchent les 50 M€ mais que la consommation n’aura pas dépassé 28 M€.
Pourquoi EDF ne s’est pas dit qu’aider la maîtrise d’Œuvre pour des formations aux économies d’énergie pouvait constituer un réel intérêt, mystère… Sans doute les arguments des lobbies des entreprises ont-ils été plus convaincants que ceux des architectes et ingénieurs réunis, encore eût-il fallu que les grands débats du Grenelle n’aient pas oublié de les inviter !
Quoi faire de ce reliquat d’un festin dont les entrepreneurs et artisans n’arrivaient pas à bout ? Pourquoi ne pas se dire (enfin !) que la Maîtrise d’Œuvre pourrait être utile pour générer par son travail de sérieuses économies d’énergie sans transformer systématiquement tous les bâtiments de France et de Navarre en boites étanches?
Las, les choses ne semblent pas si faciles car d’aucuns voudraient bien garder les restes du trésor dans leur garde-manger !
Alors on nous explique que si la maîtrise d’œuvre voulait bien se contenter de s’intégrer dans les modules de formation existants pour les entreprises cela serait plus facile que si l’on avait l’ambition d’inventer de nouveaux modules plus compatibles avec nos prérogatives dans la filière bâtiment.
Une lecture rapide des modules offerts aujourd’hui ne permet pas d’être convaincu de leur intérêt pour la profession… « Savoir vendre les économies d’énergie et les services associés » ou encore « Maîtriser les logiciels d’évaluation de l’efficacité des travaux d’économie d’énergie » (durée de la formation : 2 jours !)
Bons ou mauvais modules, les organisations présentes ont toutes décidé d’aller à la soupe sauf le Syndicat de l’Architecture qui considère que la branche architecture n’a pas attendu cette réunion pour initier des formations au développement durable et qu’il est dommage que des ressources équivalentes à celles offertes aux entreprises n’aient pas été allouées aux concepteurs pour des modules de formation adaptés à leur fonction.
Pour l’Etat, et depuis longtemps, le métier d’architecte n’est reconnu que lorsque l’un d’eux se voit décerner un Pritzker price ou quelque autre médaille, il ignore totalement les apports quotidiens de ce métier créatif. L’entreprise est tellement importante à ses yeux qu’il lui alloue le soin de « faire à sa place » et c’est ainsi que fleurissent les Partenariats Public-Privé et autres Conception-Réalisation qui privent de fait l’architecte de son rôle de conseil du maître d’ouvrage.
Benoit APPARU, secrétaire d’Etat au Logement et à l’Urbanisme, lorsqu’il envisage de ne plus soumettre qu’à déclaration préalable des extensions de 40 m2 au lieu de 20 m2 actuellement va encore une fois satisfaire entrepreneurs et artisans, au mépris du paysage qui en résultera.
Quand il envisage d’assouplir les procédures concernant la création de lotissements, mangeurs d’espaces naturels et de pétrole, est-ce bien compatible avec les économies d’énergie que l’Etat impose par ailleurs?
Il suffit que l’Etat sous pression d’ERDF décide de plafonner la production d’électricité photovoltaïque et de baisser drastiquement la valeur de rachat du kW solaire pour que la filière se retrouve au bord du gouffre !
Un peu de cohérence ne ferait de mal à personne, l’Etat oriente et décide, les maîtres d’ouvrage programment et financent sur la base de ces décisions, les architectes créent, les ingénieurs inventent et les entreprises construisent… et les vaches seront bien gardées.